Grand Raid des Pyrénées : le Tour des lacs, une porte d’entrée vers l’ultra

Fin août 2025, j’ai couru le Tour des Lacs, le 80 km du Grand Raid des Pyrénées. Je l’ai abordé comme une séance longue avant la Diagonale des Fous. J’en suis revenu convaincu que c’est une excellente porte d’entrée vers l’ultra : un parcours superbe sans être extrême, et une ambiance de grande course qui rend le tout mémorable. Je la conseille sans hésiter, à condition d’avoir déjà quelques trails en montagne à son compteur.

Cet article s’appuie sur ma participation au Tour des Lacs 2025 terminé en 18 h. Ce n’était pas mon premier ultra. J’avais déjà couru quelques courses longues dont l’UTCAM, la Picariège ou encore le 100 Miles Sud de France.

GRP80 - Lacs et étangs

Le Tour des Lacs en pratique

Un événement, huit courses

Le Grand Raid des Pyrénées se tient chaque année fin août à Vielle-Aure, au cœur des Pyrénées. Il propose huit courses, de 40 à 160 km, et rassemble près de 8 000 coureurs. L’organisation est rodée, et l’Ultra Tour (160 km) figure au circuit des World Trail Majors. Le Tour des lacs lui emprunte une partie commune, et propose un parcours de 80 km et 5000 m de D+. Le départ est donné le samedi à 5 h du matin, et on compte environ 1500 coureurs.

Pourquoi celle-là

D’abord, j’avais participé au Tour du Néouvielle (40 km) quelques années plus tôt. J’avais été emballé. Ensuite, je ne vis pas au pied des montagnes, et chaque sortie avec un peu de dénivelé m’impose de poser un RTT. Le reste du temps, je m’entraîne à raison de 3 à 4 sorties par semaine, et de 2 séances de renfo en salle. Dès que je le peux, je m’enfile des pentes très raides près de chez moi en mode hamster (monter, descendre, recommencer…).

La Diagonale des Fous approchait. Il me fallait un format suffisamment long qui sente vraiment la montagne pour terminer les derniers ajustements. Le tour des lacs était le candidat idéal.

Le dossard, épreuve de patience

Tout commence en janvier, par une semaine d’inscriptions. Chaque coureur choisit une ou plusieurs courses, puis le tirage au sort se déroule par vagues successives. Les élus de chaque vague disposent de quelques jours pour valider une seule course, ce qui libère des places pour la vague suivante. Mon nom est sorti à la troisième, après un suspense digne d’une série Netflix.

Les prérequis

Pour s’inscrire au Tour des Lacs, l’organisation demande d’avoir terminé, durant les années précédentes, une course qui totalise au moins 60 points d’effort. Le calcul est simple : 1 point par kilomètre, 1 point par 100 m de dénivelé positif. l suffit donc d’avoir au minimum terminé officiellement (classement à l’appui) un 40 km avec 2000 m de D+.

Ces seuils peuvent évoluer d’une édition à l’autre, et un justificatif médical est exigé : consultez le règlement de l’année qui vous intéresse.


Mon récit en cinq moments

5 h, de nuit, puis le soleil

Le départ est donné à une heure où seuls les boulangers sont dehors. L’ambiance est pourtant celle des grandes courses, avec un serpent de frontales qui s’étire dans la nuit. On quitte Vielle-Aure par une route en lacets, celle qu’on retrouvera à l’arrivée, puis une piste forestière monte progressivement jusqu’à la station du Pla d’Adet, avant le col de Portet. La dernière portion est plus raide, mais courte. Le soleil se lève sur les montagnes, et le spectacle est grandiose. Un moment magique qui mérite bien qu’on laisse échapper le podium pour admirer le paysage.

Je garde un rythme lent sur les 50 premiers kilomètres. Des coureurs me doublent, persuadés de savoir quelque chose que j’ignore.

GRP80 - lever de soleil

La Mongie, kilomètre 30

Le balcon sur le lac de l’Oule laisse place à des sentiers plus minéraux et plus techniques, puis à une pente herbeuse très raide et glissante qui plonge vers La Mongie.

J’arrive au 30ème km à 11 h, détendu, sans la moindre idée de barrière horaire en tête. Un ami venu me faire la surprise m’y attend. C’est lui qui m’apprend la nouvelle : « T’es limite ! » Ma réponse tout aussi sérieuse : « Ah bon ? Quelle heure il est ? C’est déjà l’heure de l’apéro ? »

La barrière est fixée à midi, soit 7 h après le départ pour 30 km. Elle sert sans doute à écarter les coureurs qui ne sont pas encore prêts, et à leur éviter d’errer dans la montagne comme des brebis égarées à la nuit tombée. J’étais limite du fait du rythme lent que je m’étais imposé pour d’autres raisons. Moralité : lisez le règlement avant la course, ça peut s’avérer utile.

Tournaboup, kilomètre 50

20 km plus loin, après avoir passé le col de Sencours et quelques raidillons plus tard, on rejoint la base de vie de Tournaboup : repas chaud, équipe médicale, mais pas de sac de délestage. Beaucoup de coureurs y arrivent très entamés, et certains abandonnent. J’y arrive en pleine forme, et le mode touriste a payé.

Le plus dur est pourtant derrière. Je mange chaud et je me change le maillot, puis je repars : on se nourrit vite du négatif quand on s’attarde à côté de ceux qui n’en peuvent plus. Sur les 30 derniers kilomètres, ma fraîcheur me fera doubler plus de 200 coureurs.

Aygues-Cluses et la descente vers le lac de l’Oule

Depuis Tournaboup, je fais un bout de chemin avec une coureuse venue de Paris. On parle de nos vies, de nos projets, de tout et de rien. C’est le genre de conversation qu’on aimerait avoir plus souvent dans notre quotidien, et qui permet simplement de partager.

Le vallon d’Aygues-Cluses est, à mes yeux, la plus belle partie du parcours : un cours d’eau, un sentier montant plutôt facile, avec quelques passages un peu techniques, et un refuge flambant neuf qui trône devant la cabane où j’avais bivouaqué vingt ans plus tôt. Nostalgie !

Après la Hourquette Nère, la descente vers le lac de l’Oule se fait par un sentier en forêt, avec des racines et des blocs. Certains le trouvent difficile. Moi, j’adore : ça fait travailler les appuis et la lecture du terrain. C’est là que nos chemins se séparent, car ma coureuse parisienne n’est pas à l’aise en descente. Je la retrouverai une demi-heure après l’arrivée, fière d’avoir accompli une telle distance. Spoiler : elle terminera l’année suivante le 120 km !

Merlans et la plongée vers l’arrivée

Au dernier ravitaillement des Merlans, on a l’impression d’être arrivé. Erreur : la descente qui suit est longue et exigeante, et elle ne fait pas de cadeau à ceux qui arrivent sans carburant. Je prends le temps de bien me ravitailler.

Après un sentier à flanc de montagne puis en crête, une plongée très raide qui n’épargne pas les genoux, pour traverser le village de Soulan, puis rejoindre la route en lacets du matin. Arrivé à Vignec, la fin n’est plus très loin. On longe la Neste d’Aure avec le public qui encourage et le speaker en fond sonore. Je franchis la ligne après 18 h de course, plutôt content d’avoir passé une excellente journée qui confirme la forme physique pour la suite.

GRP80 - Descente finale

Pourquoi c’est une porte d’entrée vers l’ultra

Un terrain technique, sans être extrême

Le parcours alterne pistes forestières, sentiers en balcon et passages plus techniques. Quelques passages demandent plus d’attention comme la pente herbeuse glissante avant La Mongie et la descente en racines et en blocs après la Hourquette Nère. Le reste laisse le temps de regarder autour de soi, et le décor mérite qu’on lève le nez.

Une organisation qui connaît son métier

Près de 8 000 coureurs sur l’ensemble de l’événement : la mécanique est rodée. À Tournaboup, au kilomètre 50, on trouve une base de vie avec un repas chaud et une équipe médicale. Les ravitaillements m’ont paru suffisants pour la majorité des coureurs, même si je suis un mauvais juge en la matière. Pour une première approche de l’ultra, savoir qu’on peut manger chaud et croiser des secours à mi-parcours rassure.

Des barrières horaires à connaître

La limite globale est de 25 h, ce qui est plutôt large pour un 80 km. La vraie sélection se joue plus tôt : La Mongie avant midi, soit 30 km en 7 h depuis un départ à 5 h, avec du dénivelé et des passages techniques. Pour un coureur qui avance régulièrement, c’est tenable. La marge n’est pas énorme pour autant, mon heure d’avance en témoigne : ça se prépare.

Format à la (grosse) journée

Le format se boucle sur une journée. La limite de 25 h place l’arrivée au plus tard à 6 h le lendemain matin, pour les coureurs les plus prudents. Pas de course sur plusieurs jours à organiser, pas de logistique compliquée : on part, on court, on rentre dormir.

GRP80 - Lacs et étangs

Un entraînement qui reste humain

Mon entraînement, décrit plus haut, n’avait rien de militaire, et je ne vis pas au pied des Pyrénées. Cela suppose tout de même un peu d’expérience en montagne, avec quelques trails longs à son actif de préférence.

Ce qui peut coincer

Le premier obstacle se situe avant la course. La notoriété du Grand Raid des Pyrénées, combinée à l’explosion de la pratique, fait que la place n’est jamais acquise. Le tirage au sort reste équitable, mais on peut n’être servi qu’à la deuxième ou troisième vague, comme moi. J’ai le sentiment que ceux qui visent le 160 km ont plus de chances de voir leur nom sortir, mais ça, c’est une autre histoire.

Le deuxième sujet est la météo. J’ai eu un ciel sans nuage, ce qui ne se commande pas : en 2023, des orages ont contraint l’organisation à annuler le Tour de la Gela et à supprimer la montée au pic du Midi sur le Tour des Lacs, et près de la moitié du peloton du 160 km a abandonné. En montagne fin août, la chance fait partie de l’équipement.

Pour qui ?

Le Tour des Lacs affiche un ratio plaisir / difficulté très élevé : des paysages grandioses, une ambiance digne d’une grande course, de belles rencontres, et un entraînement sérieux sans être pour autant contraignant. Pour qui vient du trail de montagne et regarde vers l’ultra, je la recommande sans hésiter.

Ma seule leçon tactique tient au rythme : garder des forces pendant les 50 premiers kilomètres m’a fait gagner plus de 200 places sur les 30 derniers. Il faut également accepter que la montagne fin août fait ce qu’elle veut, et que l’inscription demande de la patience. Avec un peu de chance, tous les ingrédients seront réunis pour un souvenir inoubliable.


Sources et références

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