Retour au trail après une fracture de la hanche : de la chute à l’ultra

Printemps 2018, un rond-point mouillé, une chute à vélo et une fracture de la hanche. Le chirurgien m’annonce ensuite qu’il faut arrêter de courir. Je raconte ici comment j’ai repris le trail, avec ses faux départs et ses bonnes rencontres, sans prétendre que mon histoire vaille pour quelqu’un d’autre. De la chute à l’ultra trail, ou comment j’ai su surmonter une épreuve.


Du VTT enduro au trail

J’ai débuté le trail en 2016, après de nombreuses années d’enduro en VTT. J’avais envie de changer de pratique en restant dans les montagnes. Le trail était tout indiqué : des lieux plus accessibles qu’en VTT (même si on avait tendance à aller dans des endroits un peu insolites), une sensation de liberté, une pratique moins coûteuse et pas encore trop populaire, avec un rapport à la nature assez fort.

Avec une base d’entraînement solide, j’ai basculé assez facilement. Le vélo est complémentaire : il développe le fond de façon très efficace et permet de couper dans les périodes intermédiaires. Je me suis vite mis à des trails d’une quarantaine de kilomètres. J’avais dix ans de moins et une forme olympique !

Au bout de deux ans, je me faisais vraiment plaisir, et je finissais régulièrement dans le premier tiers des courses.

Le rond-point

Un beau jour de printemps 2018, après trois semaines d’un temps exceptionnellement clément, il s’est mis à pleuvoir. J’ai pris mon vélo pour aller chez un ami, à quelques kilomètres de chez moi. Au premier rond-point, je me suis retrouvé par terre sans comprendre ce qui m’arrivait. Une douleur vive m’a empêché de me relever.

Quelques heures plus tard, les pompiers m’avaient ramassé et déposé à l’hôpital le plus proche. Le diagnostic est tombé : fracture de la hanche. « La fracture du motard », comme disait le chirurgien. Direction le bloc, pour poser une plaque et quelques vis. Puis 45 jours sans poser le pied par terre, et une incertitude sur ma capacité à reprendre un jour le trail.

Fracture de la hanche
Je vais sonner à l’aéroport…

Le cerveau qui gamberge

Beaucoup de questions me viennent, forcément. Le chirurgien m’annonce que je ne pourrais probablement pas recourir, du moins pas pratiquer autant qu’avant. Je commence à douter, mais je n’ai pas envie d’y croire. Je me dis qu’il a tort. Pourtant, il est chirurgien, il sait de quoi il parle. La patience s’impose.

Quarante-cinq jours plus tard, j’hésite à poser le pied par terre. Je boite, j’ai des douleurs dans la cuisse. J’ai vu fondre mes muscles à vue d’œil, et mes quadris ne sont plus ceux que j’avais six mois plus tôt, lors de ma dernière course. Je peux tout de même remonter sur un vélo, et ça va s’avérer très utile pour ma remise en forme.

La reconstruction, physique et surtout mentale

Je passe par de nombreuses séances de kiné, mais je m’impatiente : je ne récupère pas assez vite à mon goût. Je me rendrai compte, plusieurs années plus tard, qu’il y a kiné et kiné. Un an après l’opération, on me retire la plaque et les vis. Je n’aurai pas de suivi médical particulier après ce retrait.

Entre-temps, je reprends doucement la course à pied. Je sens que j’ai tout perdu, et c’est très frustrant, surtout quand on voit certains élites se remettre de leurs blessures avec une rapidité déconcertante. On n’est pas dans le même monde.

Malgré cette reprise très progressive, les douleurs s’accumulent. Une douleur vive s’installe sous le genou, tout en haut du tibia, comme une pointe. Je continue de boiter par réflexe, sans voir d’amélioration grâce aux séances de kiné.

Reprendre, en connaissance de cause

De l’eau a coulé, et je cours de façon plus régulière. Je me dis qu’après tout, le chirurgien s’est peut-être trompé. À force de discuter avec d’autres spécialistes de la santé, j’entends des avis plus mitigés. Ça me rassure et ça me redonne confiance en moi. Finalement, tout n’est peut-être pas foutu !

Trois ans après l’accident, je me lance à nouveau sur un 40 km, avec une performance très convenable. J’avais bel et bien repris, et j’en étais fier.

Mais je garde en tête une chose : le risque évoqué par le chirurgien n’a pas disparu parce que j’ai repris. J’ai fait un choix en connaissance de cause, et j’assume si un jour on vient me dire qu’il faut repasser sur le billard.

Une rééducation remise en question

À mesure que j’augmente mon volume, de nouvelles douleurs apparaissent : genoux, hanches, chevilles. Chaque fois que je crois avoir réglé quelque chose d’un côté, je suis gêné de l’autre.

Je décide de consulter un médecin, dans un service spécialisé pour le sport. Des tests de force musculaire pointent un déséquilibre très marqué. Il faut renforcer, mais avant cela, il faut soigner. Je finis par m’adresser à un kiné du sport, qui change complètement mon approche de la course et des douleurs qui y sont liées.

Je passe près de deux ans à corriger mes déséquilibres, les uns après les autres. Surtout, j’apprends à comprendre l’origine de mes douleurs et à éviter qu’elles reviennent. Je finis par devenir en quelque sorte mon propre kiné, un savoir partagé durant ces deux années de suivi. Les déséquilibres disparaissent progressivement. Les douleurs qui résistent ne sont plus liées à ma fracture mais bel et bien à ma pratique, et je sais comment les traiter.

Salle de sport
La salle, lieu idéal pour renforcer et rééquilibrer

Ce que j’en retiens

D’abord, savoir s’entourer de personnes compétentes. Il n’est pas écrit sur la porte du kiné : « Venez, je suis la star des problèmes de course à pied. » Parfois on tombe dessus au hasard (c’était mon cas, et j’ai eu de la chance), parfois c’est du bouche à oreille. Dans tous les cas, c’est une étape à ne surtout pas négliger. Avec le recul, je chercherais plus tôt un kiné qui connaît la course à pied.

Ensuite, la tête. Il m’a fallu y croire, et accepter que ça prenne du temps. Ce n’est pas facile, mais si je fait ce sport, c’est que j’accepte de me mettre parfois en difficulté. La grande qualité d’un ultra traileur est d’être fort dans sa tête. Une épreuve comme celle-ci n’est certainement pas souhaitable, mais elle nous teste, et on en ressort grandi.

La suite

Après cette épreuve, j’ai fait des rencontres mémorables. L’une d’elles m’a mené bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer avant l’accident. La suite, je la raconte dans Pourquoi l’ultra trail ?.

Sur ce site, je répète que rien n’est impossible. Dans mon cas, cela a voulu dire du temps et les bonnes personnes, avec un risque que j’ai accepté en le connaissant. Rien n’est impossible détaille ce que je mets derrière cette idée.

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